Les mineurs retournent au fond

Article paru dans l'Est républicain du vendredi 29 mars 1996

Les bénévoles qui consolident et amènagent d'anciennes galeries au Val de fer sont quasiment tous chalinéens

Il est assez surprenant d'apprendre que les anciens mineurs qui oeuvrent au Val de Fer, c'est-à-dire sur le territoire de Neuves-Maisons, sont presque tous domiciliés à Chaligny. Il est également intéressant de constater qu'ils sont aussi membres fondateurs du Comité de Sainte Barbe. Il s'agit de MM. Roger-Paul L'Huillier, Gilbert Discours, Roland Lamy, Robert Prétôt et Gilbert Parmentier.Même l'abbé Louis Burton, curé de la paroisse, ainsi que d'autres habitants de la localité, viennent de temps à autre leur prêter main forte, comme MM. Henri Amouriq, Jean Collin, Yvon Lambert, Roger Welter et Jimmy L'Huillier. Emile Didier, un ancien porion, participe à leurs réunions de travail. Ils font partie de l'Atelier Mémoire Ouvrière, créé il y a une vingtaine d'années par des jeunes gens qui fréquentaient les FJP du District, aidés par des adultes comme Jean Rouyer, le curé Jean-Marie Picard et Jean Bill pour n'en citer que quelques uns, autour de deux enseignants, Michel et Joëlle Raoult, passionnés comme eux par l' histoire des mines, des usines et filatures du secteur. L'un des grands projets actuels de cette association est d'installer un musée au fond d'une galerie du Val de Fer située à 40 m sous terre et longue d'environ 260 m. Si on y ajoute les conduits attenants encore utilisables, on totalise autour de 400 m.

Reboisé à l' ancienne

Cet ancien accès à la poudrière est, d'après les anciens mineurs, un endroit sûr. Ses murs sont renforcés par des agglomérés et le plafond est soutenu par des profilés en acier. Sur environ deux tiers de sa longeur, ce boyau fait de nombreux méandres et il est équipé de chicanes : petits murets qui bouchent la galerie sur le côté, d'environ 30 cm de largeur, tantôt à droite, tantôt à gauche, on en trouve à peu près tous les 25 m. Ils ont été construits pour briser l'effet de souffle en cas d'explosion de la poudrière. L'équipe a déjà installé l'éclairage, et cette artère dispose à présent de lampes électriques, sorte de plafonniers ou spots renforcés et normalisés. Ils sont alimentés par un groupe électrogène qui tourne à l'extérieur sur le carreau. Ce qui n' empêche pas les vétérans du fond de s'équiper de lampes à piles, ils savent bien qu'une panne de moteur les laisserait dans le noir le plus complet. Dans les petits tronçons de galerie perpendiculaires à la veine principale, ils ont reboisé à l'ancienne et renforcé à l'aide d'étançons de bois. Dans ces quartiers les visiteurs découvriront ici un wagonnet chargé de blocs de minerai (un taza) ailleurs ce sera un lorry destiné au transport du matériel, ou encore une perforatrice télescopique, machine trèa utile qui permettait d'étançonner rapidement et très solidement avec un tige en acier, etc...

Le dur labeur des hommes

Dans un autre couloir bien équipé, ils installent actuellement des rayonnages où seront exposés tous les outils et objets nécessaires dans cet univers où le mot d'ordre était "faire du tonnage" (les mineurs étaient payés en fonction du poids de mine chargé dans les wagons). On y trouvera la longue mèche ou forêt qui perforait les trous où l'on enfonçait les cartouches d'explosifs, le marteau-piqueur pour casser les gros morceaux de minerai, les détonateurs, les vases de trempage pour les cartouches etc... Dans cette fourmillère humaine de nombreux corps de métiers étaient représentés : électriciens, mécaniciens, maçons, chalumistes, soudeurs, machinistes des stations de pompages ou compresseurs, etc... Avec chacun son outillage spécialisé.. Que de choses à mettre dans ce musée... Leurs amis de Moyeuvre leur ont offert des appareils de mesure, des affiches de sécurité, casques, tourniquets, plus de 800 kilogs de matériel qu'ils ont réceptionné en février dernier (ER du 21 février). Ils souhaitent reconstituer des quartiers tels qu'ils étaient à l'époque de l'exploitation. On se souvient du succès des journées portes ouvertes en 1994 et 1995 où de 1.200 à 1.500 personnes ont visité le site (ER du 19/09/95). Vingt classes l'ont découvert en cours d'année, des conférences ont été organisées dans les collèges de Neuves-Maisons et Vandoeuvre. L'intérêt manifesté par la population est bien sur un encouragement pour cette équipe qui ne ménage pas sa peine. Dans ce boyau où lumières et ombres créent une atmosphère fantasmagorique, le visiteur se prend à rêver. Il imagine le dur labeur des hommes dans la lueur vacillante des lampes à carbure, la sueur, la fatigue, les craquements sinistres et la peur; mais aussi le travail en équipe, la grande solidarité du fond, la fierté d'être un mineur.

Dans les entrailles du Val de Fer

Entre Chaligny et Neuves-Maisons, un circuit pédestre sillonne ce haut-lieu de l'extraction minière. Les bénévoles de l'Atelier Mémoire Ouvrière s'efforcent de le faire revivre.

Article paru dans l'ER du samedi 1er août 1998

<< Ce sont des passionnés, des gens d'aventure, de courage, de défis, qui partagent une philosophie de l'effort et de la fierté de soi >>, Joëlle Raoult, coordinatrice de l'Atelier Mémoire Ouvrière (AMO), parle des anciens mineurs du Val de fer avec une pointe d'affection et d'admiration dans la voix. Ces anciens du "fond" constituent aujourd'hui le gros des bénévoles de cette section du Foyer des Jeunes et d'Education Populaire de Neuves-Maisons, créée il y a 20 ans et installée dans l'ancienne gare locale. Des passionnés, militants purs et durs, décidés à faire revivre cette mine où ils ont tant sué. Ouverte en 1872, la mine "Maron-Val de fer-Neuves-Maisons" a définitivement fermé ses portes le 31 décembre 1968. Au plus fort de l'activité d'extraction, au tournant des années 50-60, 700 mineurs au fond et 100 en surface travaillaient sur ce site, véritble "gruyère" de 353 km de galeries. De cette époque subsistent aujourd'hui, sur les hauteurs de Neuves-Maisons, les impressionnants vestiges de l'accumulateur à minerai de type Zublin 1930, inscrit à l'inventaire des monuments historiques depuis 1992.

Galerie-musée

Dans ce vaisseau de béton étaient stockés 6.400 tonnes de minerai, répartis dans seize silos. Pour venir chercher les blocs, les berlines empruntaient une grande passerelle suspendue, en forme de demi cercle, toujours visible aujourd'hui. Une étape incontournable pour les marcheurs qui effectuent le circuit de "Chaligny au Val de fer", un parcours facile de 10 km, essentiellement à travers bois. Si le parcours ne passe pas sur le site, un "crochet" d'une dizaine de minutes de marche aller-retour permet de le surplomber. Depuis 10 ans, sous l'impulsion de l'AMO, mineurs spéléologues ou jeunes employés des chantier d'insertion ont rénové une partie du carreau minier, propriété de la commune. Le mur d'enceinte a été dégagé. L'ancienne poudrière abrite aujourd'hui une galerie-musée de 300 m. Par l'intermédiaire de l'AMO, les groupes peuvent la visiter, en compagnie d'anciens mineurs. Une grande journée portes-ouvertes est également programmée le 20 septembre, date des journées européennes du patrimoine. La même opération en 1995 avait attiré plus de 1.500 visiteurs.

Patience et abnégation

Vieux projet, la restauration du carreau minier du Val de fer se poursuit donc à petits pas, grâce aux subventions des collectivités. parmi les travaux prévus dans le futur figurent la création d'un théâtre de verdure, la rénovation de l'accumulateur, des aménagements paysagers.... Les bénévoles de l'AMO poursuivent leur tâche de mémoire avec patience et abnégation, à l'image de André Collot, un septuagénaire silicosé à 85% qui a réalisé une immense maquette du val de fer et s'attaque aujourdhui à celle de la carrière Nanquette, où était extraite la "castine, un calcaire utilisé comme fondant dans les hauts-fourneaux". Le circuit pédestre passe bien sur à proximité de cette carrière, lieu de mémoire de cette épopée d'un siècle.