Un peu d' histoire

L'église actuelle a été bâtie sur l'emplacement de celle ruinée par les guerres du xvème siècle, entre Lorrains et Bourguignons. A cette époque, la seigneurerie de Chaligny est possession des Neufchâtel, vassaux de Charles le Téméraire, Duc de Bourgogne. Lors du siège et de la destruction du château, en 1467, l'artillerie du Duc de Lorraine (René II) endommagea grandement l' église.

Vers l'an 1500, on décida de la reconstruire. De l'édifice antérieur, il ne restait que la tour (clocher).Selon un réglement du XIIème siècle, les réparations étaient à la charge, soit des décimateurs (les jésuites) pour la nef, soit du curé pour le choeur, soit des paroissiens pour la tour. Mais puisqu'il s'agissait d'une reconstruction, on ignore comment furent réparties les dépenses. On sait que les seigneurs de Chaligny, Henri de Thierstein et sa femme Marguerite, furent généreux. Commencée en 1513, l'église fut terminée en 1530.

Le choeur est à l'intérieur de l'abside, renforcée par des contreforts extérieurs. Il est éclairé par quatre fenêtres en gothique flamboyant, aux vitraux de trois époques différentes :

- A gauche un superbe vitrail de 1520 conserve la représentation et les blasons des seigneurs Henri de Thirstein et Marguerte de Neufchâtel, principaux bienfaiteurs de l' église.

- Deux vitraux récents (1954) représentant, l'un le baptême de Clovis par St Rémy, patron de la paroisse; l'autre la répétition du miracle de Cana par le Saint Evêque

- Le vitrail central daterait du 18ème siècle : Jean Baptiste et la Vierge.

Le maïtre-autel est surmonté d'un magnifique retable acquis probablement par la communauté de Chaligny, lors de la vente et de la démolition de l'Abbaye de Clairlieu. Remarquez St Rémy, patron de la paroisse, tenant l'ampoule du sacre, et St Nicolas patron de la Lorraine. Il est possible que les boiseries du choeur, représentant les quatre évangélistes, soient de la même origine. Le tabernacle, à gauche de l'autel, prend jour sur la rue par deux ouvertures de part et d'autre d'un contrefort . Au-dessus de la porte de la sacristie, une plaque rend hommage à l'abbé Duchesne qui mourut à Chaligny en novembre 1762. Il fonda une école de filles et une "charité", maison où les soins étaient dispensés par deux religieuses : voir l'inscription au-dessus de la porte d'entrée, au n° 5 de la place de la 4ème République. En face, une autre plaque rappelle le souvenir de l'abbé Joyeux, mort en 1709 noyé dans la Moselle (qui n'était pas à sa place actuelle). Quatre statues sont fixées au mur : St Nicolas (en bois 18ème), Ste barbe (pierre 16ème), Ste Catherine (bois 18ème).

Les nefs

La nef centrale, à deux croisées d'ogive, est du début du XVIème siècle. Elle s'est accolée à la tour qui avait résisité aux outrages de la guerre. Elle comptait à l'époque quatre fenêtres en gothique flamboyant, qui ont disparu avec les agrandissements successifs de l'église, la privant ainsi que son cachet primitif.

En 1732, du fait d' un accroissement sensible de la population, dù à la prospérité du pays et à l'obligation faite aux gens de Neuves-Maisons (alors annexe de la paroisse de Chaligny) d'assister à la messe dominicale à Chaligny, l' agrandissement de l'église s'avère indispensable. On commencera par la construction du collatéral Sud empiètant sur le cimetière : on remarquera une croix prise dans le mur. L'autel latéral de la Vierge est en bois peint et doré (début 18ème). Au fond, la pierre tombale de l'abbé Duchesne et la Piéta en pierre du 16ème siècle, ainsi que Ste Anne et la Vierge (bois peint et doré, début du 18ème siècle).

En 1762, un nouvel agrandissement s'impose (le pays est riche de son vignoble!). Le collatéral Nord prend une partie de la rue de l'église dont il doit respecter la largeur de 8 pieds (2m,64 environ, largeur estimée nécessaire pour la circulation), ce qui explique son étroitesse par rapport au collatéral Sud jusqu'au niveau de la tour.

Les bancs

Les églises de la Seigneurerie ont la particularité d'avoir des noms gravés au nom des premiers "locataires"; il avait été procédé à la "vente" des places qui constituait un revenu pour la paroisse. Les bans de la nefs sont les plus anciens (vers le 16ème) les autres datent du 18ème. Les sept premières rangées sont réservées aux hommes, les autres, aux femmes : on peut lire à la 8ème rangée de droite : "ban (domaine) des femmes".

L'orgue

Il mérite aussi une attention particulière. Comme le maître-autel, il proviendrait de l'Abbaye de Clairlieu et daterait du 18ème.

La façade

La tour est le seul vestige de l'église primitive. Elle a résisté aux dommages de guerres, en particulier à ceux subis lors du siège de 1467. Le grand portail est du premier édifice. Il a été surbaissé pour être au niveau de la nouvelle nef : on remarquera le rajout en pierre de la porte d' entrée, ainsi que l'ancien bénitier aujourd'hui inaccessible. Au-dessus de la porte d' entrée, on remarquera également les sculptures mutilées en 1793, qui représentaient les blasons d'Henri de Thierstein et de Marguerite de Neufchâtel. Le petit portail, sur la droite, n'a été ouvert qu' en 1765, lors du deuxième agrandissement du collatéral Sud. Autour de l'église quelques anciennes pierres tombales rappellent que le cimetière, comme en beaucoup d'endroits, entourait l'église. Deux jeunes marronniers remplacent que l'âge avait usés.

Merci à Mr Léon Bernard, qui a rédigé ce texte.