Article paru dans l'Est Républicain du samedi 3 mai 2003

Georges Goudot voulait sauver le village

Paulette Goudot, dont l'enfance fut marquée par l'occupation ennemie, les bombardements sur Mazagran et surtout le charisme d'un père qu'elle admirait et qu'elle suivait partout, a bien voulu nous confier ses souvenirs.

Georges Goudot, son père, est né le 23 avril 1899 à Chaligny où il a vécu jusqu' à son départ pour la guerre de 14-18. Sous- lieutenant d'active, il est devenu par la suite capitaine de réserve dans l'artillerie. Professeur certifié de lettres il enseigna à Colmar où il épousa Marthe Kastler, qui lui donna un fils Pierre et sa fille Paulette. Avec sa famille il passait toutes ses vacances à Chaligny, qu'ils adoraient tous, dans la maison paternelle, 4 rue du Réal.

Il combattit en 1940 pendant les campagnes du Rhin et des Vosges. Fait prisonnier à Cornimont puis interné au stalag de Lientz, il fut rapatrié en août 1941 comme de nombreux Alsaciens Lorrains. Il s'installa alors à Thaon les Vosges et revint à Chaligny en août 1944 pour y demeurer jusqu'à la lbération.

Il était harcelé

C'est à cette époque qu'il fit souvent preuve de sans froid et d'un grand humanisme, qualités qui l'amenèrent comme nous allons le constater à protéger la localité. Sa connaissance parfaite de la langue allemande et son grade d'officier le désignèrent rapidement comme interprète par les occupants.

<< Il était harcelé>>, se souvient Paulette, << les allemands débarquaient dans notre cuisine au moindre problème, le menaçant de prise d'otages, de fusillades comme s'il avait le pouvoir de tout arranger.

Un jour, ils firent irruption dans notre cave où nous nous abritions des bombardements. Ils avaient arrêté une jeune parisienne, agent de liaison surprise traversant le barrage. Papa fit semblant de la reconnaître comme une cousine de monsieur François alors patron du café du Centre. Cette courageuse jeune femme, qui avait réussi à cacher les papiers qu' elle transportait, comprit l'astuce et lorsqu'on l'amena au bistrot, elle embrassa fougueusement le cafetier devant les allemands. Malgé sa surprise celui-ci entra dans le jeu et la jeune fille fut libérée. La nuit, mon père et ses amis prirent le risque d'aller rechercher les précieux documents. Lors des bombardements américains sur Mazagran, il monta secourir madame Louise Gavet gravement blessée en compagnie de mon frère Pierre, de Roger Dontail et de deux allemands. Une autre fois papa sollicita l'aide d'un homme courageux, René Picard dit "Ouidgui" pour traverser la Moselle et aller demander aux américains de cesser leurs bombardements sur Chaligny, car il craignait pour l'église et ses habitants.>>

En septembre 1944, deux allemands arrivèrent essouflés et très excités, une de leurs sentilnelles venait d'être abattue du côté des cités. Déjà une cinquantaine de personnes des cités étaient retenues pour être éventuellement fusillées, la nervosité des allemands était telle qu'on pouvait craindre le pire.Papa parlementa pendant des heures pour convaincre les officiers allemands de l'innocence des chalinéens. Il rentra exténué mais heureux d'avoir réussi à sauver des vies.

Les soldats ennemis sont partis le lendemain à 7 h, discrètement avec des armes et du matériel dans des landaus ou des poussettes d'enfants réquisitionnées, départ sans représailles ni bombardement, Chaligny était sauvé.

En 1945 mon père est reparti enseigner à Colmar Il a été décoré de la croix de guerre avec étoile d'argent, conclut Paulette. Lorsqu'il a pris sa retraite il est revenu vivre à Chaligny. Il est mort en 1976, << mais il est toujours avec moi, je n'ai oublié ni ses conseils, ni son exemple Il était, j'en suis persuadée, un sage et un humaniste>>.

     
     
     
     
     
     
     
         

Les Goudot s'installent à Chaligny en 1829

Article paru dans l'Est républicain du samedi 23 mai 1992

Pierre Goudot (prix Moselly) a un jour décidé de partir à la recherche de ses racines. Trente ans après, réunion de famille avec 250 invités

A Chaligny, les anciens se souviennent encore de Mr Emile Goudot, alors marchand de vin sur la place, au début du siècle; de son fils Georges qui, devenu professeur de lettres, s'installa à Colmar pour revenir à Chaligny lorsqu'il prit sa retraite, et enfin de Pierre Goudot, le petit fils qui de Colmar, venait passer toutes ses vacances rue du Réal.On l'appelait alors affectueusement "Godot". Il devint lui aussi professeur de lettres à Lunéville. Pierre Goudot est bien connu dans la famille littéraire lorraine par ses recherches sur Emile Moselly de Chaudeney sur lequel il a écrit deux livres : << Terre Lorraine >> et << Le rouet d'ivoire >>. Il a également participé à l'élaboration de l'encyclopédie lorraine en 4 volumes.

Ramifications dans toute la France

Il y a aujourd'hui trente ans, à la recherche de ses racines, il s'est penché sur ses ancètres et a, au prix d'un long travail de recherche, dressé un imposant arbre généalogique qui l'a entraîné aux quatre coins de France remontant jusqu'en 1661. Sa famille s'est installée à Chaligny en 1829, son ancètre François Goudot, maréchal ferrand de son métier, a épousé une demoiselle Genin, fille du maréchal ferrand de la localité. Les années ont passé....

A Lunéville l'épouse de Pierre tient une galerie d'art et c'est là qu'avec des cousines, il vont reparler de ce fameux arbre généalogique, Mme Monique Goudot de Ferrières et Mlle Annie Goudot de Lunéville. Elles font elles mêmes des recherches et petit à petit naît l'idée de regrouper cette grande famille qui a étendu ses ramifications dans toute la France. Commence alors la patiente recherche d'adresses, et comme chaque Goudot en connaît d'autres, il est bientôt possible d'en contacter 250 d'entre eux. Fin 1991, c'est décidé, Monique et Anne choisissent le grand Week End de début mai et lancent leurs invitations.

Pourquoi pas un livre

C'est un succès (il y a même une demoiselle Goudot de Nouméa venue tout exprès). Ils se rassemblent à l'église du village, lieu de rendez vous où le curé Louis Burton les accueille. Ils se retrouvent ensuite salle polyvalente pour l'apéritif et le repas. Les organisatrices ont préparé un arbre généalogique de 5 m de long affiché dans la salle avec des photos de famille anciennes. L'atmosphère se détend et devient chaleureuse et animée, on rajoute des noms, on trouve des ressemblances, c'est une magnifique journée conviviale où l'on bâtit même des projets : pourquoi ne pas écrire un livre sur la famille Goudot ? Un journal des Goudot ? Sur le livre d'or préfacé par Pierre chacun s'exprime avec enthousiasme. Cette histoire ne s'arrêtera pas là, c'est sûr...