Souvenirs de scène (1)

Suzanne Ciccotelli avait 15 ans lorsqu'elle est entrée dans la troupe théâtrale de l'Amicale Laïque de Chaligny. Elle y repense souvent et c'est toujours avec la même joie qu'elle retrouve les photos de cette époque. La pièce "Topaze" l'a particulièrement marquée, elle y jouait le rôle de Suzy Courtois, maîtresse d'un directeur d'école peu scrupuleux.<< Je trouvais mon rôle très agréable>>, explique Suzanne, << et Jean Lepage était un merveilleux acteur. Lorsque j' ai passé mon certificat d'études primaires, c'est Mme George, épouse de l'inspecteur d'académie qui m'a fait passer l'épreuve orale. Je devais réciter "Le bourgeois gentilhomme". Après elle m'a dit << Bravo vous devriez faire du théâtre. Je ne sais pas comment Mr Bourguillaux l'a appris, toujours est-il qu'il est venu trouver mes parents pour que j'entre à l'Amicale Théâtrale Laïque Chalinéenne. Mon père a accepté à condition qu'on vienne me chercher à la porte de la maison et qu'on m'y ramène. C'était en 1952 >>.

En musique

<< Les répétitions et les spectacles se déroulaient dans une salle du café du commerce tenu par Alice Boucher, (aujourd'hui chez Annette Cosme)>>, poursuit-elle, << Jean Lepage et Hubert Joseph allaient au grand théâtre de Nancy voir jouer les pièces pour se documenter, ils y louaient également les costumes. Chaque pièce était jouée trois fois à Chaligny devant une salle comble, on la jouait aussi à l'extérieur, comme Chaudeney, Bainville-sur-Madon, etc.. Au cours de ces déplacements, la troupe terminait la soirée par un petit bal qu'animaient les musiciens de la troupe, il y avait Jeannot Heitz à l'accordéon, Clément Gervois et Paul Moreau au saxophone et Odette Gervois au violon. Pendant la représentation ils jouaient devant la scène. J'ai encore en tête d'amusantes anecdotes. Au cours d'un intermède entre deux tableaux, j'interprêtais "La cousine qui reçoit son cousin d' Alsace", avec Henri Rommelfangen >>, poursuit Suzanne, << Pour terminer j'offrais un verre d'eau de vie à mon cousin qui le buvait d'un trait, c'était évidemment de l'eau que l'on mettait dans le verre. Un soir de spectacle, mon père a remplacé l'eau par de la mirabelle et le pauvre Henri l'a bue sans se méfier. Le public a bien ri de voir sa réaction. Une autre fois, Christian Juy et son frère Roland imitaient sur scène la voix et les gestes de Mme Labry, ancienne propriétaire du café, tirant sa charrette dans la ruelle de la pissotte. Le hasard a voulu qu'elle entre au même moment, elle était fâchée et pleurait, le public, lui, pleurait de rire>>.

Souvenirs de scène (2)

La section théâtrale de l 'Amicale laïque de Chaligny a fonctionné, semble-t-il de la fin de la guerre à 1960. Jeannot François se souvient y avoir joué, ainsi que ses enfants. << C'est Hubert Joseph, instituteur aux cités, qui m'a demandé de faire partie de la troupe théâtrale, créée, je crois, par Henri Bourguillaux, "Le cabaret des quatre vents" est la première pièce que nous avons jouée. Je tenais le rôle d'un curé dans la résistance. C'était en quelque sorte une cache de maquisards. On a été la jouer jusqu'à Ceintrey et Vicherey. Je me rappelle d'autres acteurs comme Marcel Lalloué, Eugène Joly, René Jansen, et tout particulièrement le Maurice Vallence, qui jouait les comiques troupiers, c'était un véritable artiste, un des meilleurs. Dans "le matériel humain", drame de guerre en Orient, je tenais le rôle d' un officier ayant perdu un bras au combat >>, pousuit Jeannot, << Le capitaine De Dolange Nécé. Je peux encore dire mes répliques. >> Danielle, la fille de Jeannot se rappelle des titres de pièces comme "L'orme au pendu", "Le juif polonais", "Montserat", et, "La barque sans pêcheur".

Genviève Françin (Mme Vermoyal) était encore collègienne lorsqu'elle est entrée dans la troupe théâtrale, vers 1956-1957. Elle a joué dans trois pièces "Le juif polonais", "Topaze", << J'ai oublié le nom de la troisième>> explique-t-elle. << J'étais habillée en Alsacienne et je devais chanter "Lauterbach". C'est Mlle Otthelet qui est venue m'apprendre la chanson. Dans "Topaze", Jean Lepage jouait son rôle à la perfection, et dans "M. Much et sa fille" j'étais la fille de Jeannot François. Pendant des années en souvenir de cette heureuse période, je l'ai salué en lui disant bonjour mon père et il répondait bonjour ma fille. Nous avons passé de très bons moments dans cette joyeuse troupe et on ne peut pas les oublier.>>

Souvenirs de scène (3)

Dans la troupe du théâtre de l'Amicale Laïque, Michel Galliot n'avait pas un rôle de comédien, mais il les suivait partout, parce qu'il accompagnait Henri Bourguillaux l'un des créateurs et responsables de la section. << M. Bourguillaux était aveugle >> explique Michel, << Il avait , je crois, été brûlé par les gaz durant la guerre 14-18. Homme intelligent et instruit, il avait tenu un poste important au tribunal de commerce de Paris. Son épouse était la mère de Mme Gerbaux et il m'avait donné des cours de soutien scolaire, comme à d'autres enfants du quartier. La troupe ne jouait pas qu'à Chaligny, elle se déplaçait partout. Il m'est arrivé de faire le figurant dans "le matériel humain". Je me souviens de Maurice vallence, il jouait de nombreux rôles dans toutes les pièces, il était doué, à mon avis c'était le meilleur. Jean lepage était également un excellent acteur. M. Ribière de la filature a participé lui aussi. Lorsque je n'ai plus eu le temps d'accompagner M. Bourguillaux c'est Jacky Lischetti qui a pris la relève.>>

Souvenirs de scène (4)

Michèle Bigaut se souvient du thèâtre de l' Amicale Laïque de Chaligny. Son père tenait à jour un tableau et un cahier d'écritures sur les activités de cette association. << Il était secrétaire >>, explique Michèle.<< Il participait également aux répétitions de la troupe, lors des spectacles il lui arrivait de remplacer ou de faire le souffleur. J'étais jeune, et j'ai, moi aussi, fait la souffleuse. Louis Morlon tenait la caisse et Marcel Maxant s'occupait de toute l'électricité. Henri Lepage organisait et dirigeait toute l' équipe. Curieusement j'ai gardé en tête une réplique de Michel Galliot qui disait : " Mais ne renifle donc pas comme cela Zéphirin". je revois Mlle Colette, fille de Mme Damoiseau tenir un rôle de mère avec une poupée dans les bras, ainsi que Josette Bellot et Ginette Kuhn jouer et chanter " qu'il était beau le complet gris que ce jour là il avait mis". Paul Moreau écrivait les articles pour la presse, il avait même composé une chanson pour le théâtre. >>

Excellente mémoire

Marie Roblot faisait partie de la troupeet a joué dans diverses pièces. Elle se souvient tout particulièrement de celle intitulée " Trois, six, neuf ", où elle était la maîtresse de Jean Lepage. << Une autre fois, on m'a fait tenir le rôle d' une vieille femme, j'étais toute jeune je ne voulais pas m'habiller en grand'mère, vous vous rendez compte ? J'aimais bien faire partie de ce théâtre, c'était très agréable, il y avait une bonne équipe, et puis Maurice Vallence nous faisait tellement rire. >> Maurice Vallence est entré dans la troupe tout à fait par hazard en 1952. Un jour, en rentrant de la pêche, il a rencontré Alphonse Heitz qui, sachant qu'il avait déjà joué au théâtre paroissial, lui a proposé de reprendre un rôle vacant. << Nous n'avons plus que trois semaines devant nous a-t-il dit, et je t'invite à participer à notre réunion demain soir. Ils préparaient "Le cabaret des quatre vents" et le rôle qu'ils voulaient me faire reprendre était très long. heureusement qu'à l'époque j'avais une excellente mémoire. Je suis resté avec eux cinq ou six ans, j'ai joué dans de nombreuses pièces et même en intermède où je faisais le comique troupier avec des textes du célébre Bach. Dans "Montsérat", je collaborais avec l'ennemi et Jean Lepage, un résistant devait m'abattre. Sous ma chemise j'avais une poche remplie de mercurochrome que je devais percer avec une aiguille en portant la main sur mon coeur. Après le coup de feu, le public voyait ma chemise blanche rougir de sang, l'effet était saisissant et l'instant dramatique. A tel point, qu'un soir, mon jeune fils qui se trouvait dans la salle a crié "Je ne veux pas que l'on tue mon papa" et tout le public s' est marré. >>

 

 

Souvenirs de scène (5)

L'Amicale Théâtrale Laïque

L'Amicale Théâtrale Laïque est née vers 1950 et a duré une douzaine d' années. Son président était le maire Edmond Pintier, le secrétaire l'adjoint André Wilhelm, et le trésorier, Emile Claude. << Tous les ans nous organisions une kermesse >> se souvient Emile Claude, << pour faire rentrer de l'argent en caisse. L'ancienne salle de bal située derrière le café Labry (aujourd'hui chez Annette Cosme) a été équipée d'une scène et de bancs grâce à une souscription qui a circulé dans le village. Elle a aussi permis d'acquérir un appareil de projection pour la section cinéma. Nous avions également une caméra avec laquelle j'ai filmé une remise de prix des écoles, d'autres ont filmé les excursions de fin d'année.>>

La chanson de clôture

Jacky Lischetti se rappelle avoir joué une seule fois le rôle d'un hussard dans "Monsérat". Il participait à la mise en place du matériel et des décors mais il avait pour principale mission de guider Henri Bourguillaux qui était mal voyant. << Je suis parti à l'armée en janvier 1957 >> précise Jacky, << après avoir assisté à la préparation de la pièce "Topaze". J'ai également fait le projectionniste au ciné avec Jean Claude Lambert qui a continué, avant nous je crois que c'était Serge Maxant. >> Serge Maxant est cétégorique : pour moi c'est Henri Bourguillaux qui est à l'origine de la section théâtre, quand à la section cinéma, c'est le directeur de l'école du mont, Camille Reignier, qui l'a mise en route. J'ai été le premier opérateur, aidé par un nommé Flonner. je l'ai fait durant trois ans avant de partir pour l'Algérie. Je crois que c'est Jean Goossens qui m'a succédé, Yvon Vasselon l'a fait lui aussi pour remplacer. Le théâtre s'est arrêté vers 1962, le décès de deux de ses dirigeants y est sans doute pour quelque chose. Mon père était l'homme à tout faire, Alphonse Heitz le faisait aussi quelquefois. Je n'ai jamais joué mais j'ai assisté aux représentations, j'ai gardé en mémoire Paul Néauser qui était aussi mince que le célèbre SIM et jouait des rôles de comique troupier. >>

Jacqueline Guers jouait du violon dans l'orchestre qui se tenait devant la scène, et son père de la basse.Elle rit encore au souvenir d'un intermède avec Josette Bellot où elles avaient chanté "Etoile des neiges". Maurice Vallance n'a que de bons souvenirs de cette troupe où l'entente et l'amitié régnaient. Sa mémoire étonnante lui permet encore de chanter la chanson écrite pour terminer chaque soirée :

<< Pour terminer comme il se doit cette soirée, nous revenons tous ensemble nous présenter, pour vous indiquer que le spectacle est fini, et qu'avec joie, chacun va retrouver son lit, si nous avons su ce soir vous satisfaire, nous en sommes tous heureux et fiers...>> elle s'achevait par : << Nous sommes tous des copains, qui la main dans la main, vous disent au revoir er merci, sans "chichi" .>>